Intranquilité

Considérer notre plus profonde angoisse comme un incident sans importance, non seulement dans la vie de l’univers, mais encore dans celle de notre âme, c’est le début de la sagesse. Le penser pleinement au beau milieu de cette angoisse, c’est là la sagesse totale. Au moment où nous souffrons, la douleur humaine nous parait infinie. Mais la douleur humaine n’est pas infinie, car rien d’humain n’est infini, et notre douleur ne possède pas d’autre valeur que d’être la nôtre.

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Sans issue

« Maintenant, je vous demande: que pouvez-vous attendre de l’homme, s’il est une créature douée de qualités aussi bizarres? Mais couvez-le de tous les biens du monde, noyez-le dans le bonheur la tête la première, pour qu’il ne reste que des petites bulles à glouglouter à la surface de ce bonheur, comme sur une mare; donnez-lui une suffisance économique telle qu’il ne lui reste absolument plus rien à faire, sinon dormir, manger de la brioche et s’agiter, l’histoire du monde ne s’arrête pas – lui, l’homme, je veux dire, une seconde plus tard, par pure ingratitude, par pur désir de nuire, il vous fera une entourloupe. Il ira jusqu’à remettre sa brioche en jeu et se souhaitera, exprès, les bêtises les plus catastrophiques, la plus antiéconomique des absurdités, dans le seul but de mélanger à toute cette raison si positive son élément fantastique fatal. »

Dostoïevski – Carnets du sous-sol.

Sur les adieux (2)

« Mourir fièrement lorsqu’il n’est plus possible de vivre fièrement. La mort choisie librement, la mort en temps voulu, avec lucidité et d’un cœur joyeux, accomplie au milieu d’enfants et de témoins, alors qu’un adieu réel est encore possible, alors que celui qui nous quitte existe encore et qu’il est véritablement capable d’évaluer ce qu’il a voulu, ce qu’il a atteint, de récapituler sa vie. »

Nietzsche