Sans issue

« Maintenant, je vous demande: que pouvez-vous attendre de l’homme, s’il est une créature douée de qualités aussi bizarres? Mais couvez-le de tous les biens du monde, noyez-le dans le bonheur la tête la première, pour qu’il ne reste que des petites bulles à glouglouter à la surface de ce bonheur, comme sur une mare; donnez-lui une suffisance économique telle qu’il ne lui reste absolument plus rien à faire, sinon dormir, manger de la brioche et s’agiter, l’histoire du monde ne s’arrête pas – lui, l’homme, je veux dire, une seconde plus tard, par pure ingratitude, par pur désir de nuire, il vous fera une entourloupe. Il ira jusqu’à remettre sa brioche en jeu et se souhaitera, exprès, les bêtises les plus catastrophiques, la plus antiéconomique des absurdités, dans le seul but de mélanger à toute cette raison si positive son élément fantastique fatal. »

Dostoïevski – Carnets du sous-sol.

Lettre n°2

Cher camarade,

De l’eau s’est écoulée depuis que je t’ai écrit cette dernière lettre. Ne m’en veux pas, j’ai été bien occupé à remonter des abîmes de mon âme, et j’en suis épuisé. J’ai beaucoup observé le monde depuis ma fenêtre, sans pouvoir le sentir ni le toucher, sans être en mesure de me mélanger aux Autres. Aujourd’hui, j’ai très peur. Partout je vois les mauvaises intentions, les mensonges, l’absence de courage, l’égoïsme et le manque d’éthique. Est-ce que ma vision du monde est déformée ? Suis-je le seul à voir le déclin des civilisation occidentales, celui des gouvernements et des consciences ? Qu’est-ce qui justifie autant de haine, de débats sans issues, de joutes sans vainqueurs ? N’avons-nous rien appris de l’histoire ?

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