Des rêves d’enfant

Mes nuits sont un mélange beauté et de noirceur, d’endroits connus remplis de personnages imaginaires. J’ai l’impression de déambuler dans des décors idylliques peuplés d’êtres maléfiques. Chaque fois des paysages connus qui rappellent des souvenirs d’enfance extraordinaires, des moments paisibles. Le ciel est bleu, le soleil radieux. Tous les arbres sont verts et en fleur. L’air est chaud. Parfois une rivière, parfois un lac bleu clair à la surface lisse. J’entends des voix connues, mais je ne vois personne. J’entre dans des maisons que je connais comme ma poche, car j’y ai passé des années, mais toujours personne. Je cherche l’origine de ces voix mais ne trouve rien. Dans chaque pièce une odeur familière : pain chaud, concombre fraîchement coupé, thé au jasmin. Pourtant personne ne verse le thé, aucun être ne découpe le pain chaud. J’entends comme une télévision qui fonctionne sans discontinuer, passant en boucle des chansons dont l’air a dû être gravé sur un disque dans mon cerveau. Mais, comme un chaudron d’or au pied d’un arc-en-ciel, chaque fois que j’avance, la musique s’éloigne. Soudain, ces voix qui ont toujours bercé ma vie s’arrêtent, les oiseaux eux aussi s’envolent et quittent mon paysage. Je n’arrive pas à voir où ils vont ; le plus souvent j’entends simplement des bruits d’ailes et quelques cris aigus signalant une détresse. Les arbres se vident, le soleil disparaît. Pourtant le ciel lui reste bleu et j’ai l’impression que c’est encore le jour. Subitement, sans crier gare, des personnages étranges envahissent ce monde créé de toute pièce, des créatures fantastiques au regard maléfique, des monstres, des dinosaures aux dents acérées déjà lubrifiées par des litres de sang. Comme sortis d’un portail inter dimensionnel, ces êtres étranges envahissent mes paysages d’enfance, détruisant tout sur leur passage. Et à chaque fois, j’ai l’impression d’être le témoin initial de l’invasion, seul découvreur du massacre et chargé d’apprendre au monde ce qui se trame dans la partie que je contrôle. Alors je me mets à courir, me cacher, avec pour seul objectif de rejoindre ma famille dispersée aux 4 coins de cette carte sans extrémités, avec des paysages changeants, absurdes parfois mais toujours mélange de quelques expériences réelles ou virtuelles. Evidemment, je n’arrive jamais à atteindre ce but. Et chaque nuit, je retombe à l’endroit où j’avais quitté l’action la veille. La différence est que d’autres additions se font, issues du vécu quotidien. Comme un cycle sans fin, comme Sisyphe sur sa montagne, je lutte pour terminer cette quête mais n’y parviens jamais. Jusqu’à la nuit où le cauchemar se transforme en simple rêve peuplé d’êtres bénéfiques, souriants et bienveillants. Aucune trace des dinosaures ou autres monstres. Je ne sais s’ils ont simplement changé d’apparence, s’ils ont été vaincus par ces anneaux de lumière ambulants ou s’ils ont simplement décidé d’aller peupler les cauchemars d’autres créatures. Le soleil est revenu, les oiseaux peuplent de nouveau les arbres, et toujours ses voix connues dont l’origine reste un mystère…

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