Relativité

Quelque chose ne vas pas aujourd’hui. Vous vous sentez mal. Vous en voulez à la terre entière. Pourquoi? Difficile à dire. Le souvenir de vos collègues aigris au travail refait surface. Vous allez l’impression d’être impuissant, de ne rien pouvoir changer, de ne pas être entendu. Vous avez beau essayer, faire, discuter, proposer, rien ne se passe. Et vous en voulez aux autres. A chaque fois que ce souvenir apparaît, la colère monte en vous, envahissant toutes les parties de votre corps et de votre âme, tel un poison qui se répand dans l’organisme après une mauvaise morsure. Vous voilà vous énervant tout seul dans votre coin.

Vous sortez de chez vous en cette journée précédant les fêtes de fin d’année, en direction des grands magasins, ces mauvaises pensées en tête. Vous montez en voiture. Au moment de sortir du garage, un automobiliste vous coupe la priorité. Il n’en fallait pas plus pour que la colère monte d’un cran. Vous klaxonnez et continuer de bouillir intérieurement. Au premier feu rouge, rebelote. Un autre véhicule surgissant de nulle part vous passe devant et comble un micro intervalle créé par votre temps de réaction médiocre. Vous fulminez. Arrivé au centre commercial, une interminable file de voitures souhaitant accéder au parking vous empêche d’avancer. Faut-il faire demi-tour? Après de longues minutes d’attente, vous parvenez enfin à vous garer et entreprenez votre périple vers le magasin.

A la sortie de l’ascenseur, vous découvrez l’enfer: une foule incroyable se bousculant à cor et à cris dans les allées de ce centre commercial géant. Certaines personnes s’insultent pour des broutilles. Des enfants se ruent dans les allées, bousculant les chalands sans s’excuser, renversant au passage des denrées entreposées sur les étagères. Vous arrivez malgré tout à faire les quelques courses nécessaires et vous dirigez vers la caisse, lâchant au passage quelques regards assassins aux gens bloquant le passage au centre des allées, les yeux rivés sur leur téléphone. Vous vous rendez compte alors que toutes les caisses sont surchargées; encore des longues files de clients attendant leur tour, avec plus ou moins de bonne humeur. Votre énervement, qui n’avait pas vraiment redescendu, repart dans le rouge. L’heure tourne, et vous ne contrôlez rien. Cerise sur le gâteau, quelques individus tentent de vous passer devant aux caisses. N’aimant pas les cerises, vous les renvoyez sèchement à l’arrière de la file avec quelques mots relativement grossiers, et des noms d’oiseaux assez exotiques.


Sur le chemin du retour, de nouveau des embouteillages. Et voilà qu’il se met à neiger. Rapidement la circulation ralentit, les bouchons grossissent jusqu’à l’arrêt total. Dans votre malheur se dessine une petite issue de secours qui vous permet d’atteindre votre domicile. La journée se termine et vous n’avez quasiment rien fait de ce que vous aviez prévu. Et toujours ces pensées négatives concernant le travail, vos collègues et votre vie en général. Assis sur votre canapé, vous décidez de vous accorder un moment pour souffler. A ce moment, à la télévision, le journaliste lance un reportage sur une personne à l’histoire assez tragique. La jeune femme de 26 ans raconte sa jeunesse et comment elle et son frère ont été forcés dès l’âge de 6 ans à avoir des rapports sexuels avec d’autres membres d’une secte prétendant répandre l’amour divin. La jeune femme fond en larmes, racontant ses envies suicidaires quotidiennes, son incapacité à donner et à recevoir l’amour, son manque de confiance envers les gens et l’état psychologique catastrophique de sa famille dont elle doit s’occuper seule. Les larmes montent en vous, la tristesse remplaçant la colère. Vos problèmes paraissent soudain bien dérisoires. Vous venez de découvrir la relativité. Votre vie n’est pas si mal, après tout.

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