Automne

Encore une journée ensoleillée. C’est à se demander où est le véritable automne, celui décrit dans les poèmes de Verlaine, Apollinaire, Hugo ou Baudelaire. A croire que seul le mot affecte les âmes, les rendant plus sensibles aux variations de couleurs et aux changements de température. La joie s’étiole pourtant au même rythme que les arbres à feuilles caduques ; les visages se ferment, les yeux perdent de leur lumière, les corps s’emmitouflent. Le futur proche semble bien gris. Pourtant, seule la pensée lui a donné sa couleur, pensée qui ne pourra jamais deviner de quoi demain sera fait car demain n’existe sans doute pas encore.

Il y a cet enfant qui se rit de l’automne : sautant dans les petits tas de feuilles accumulées au pied des arbres dans le parc, il ne se soucie guère de l’hiver qui va bientôt prendre place. Il court, saute, rit, se roule par terre, au grand dam de sa mère qui le guette, les mains dans les poches, le cou engoncé dans un manteau à col fourré. Elle, elle pense déjà à demain, à son programme de la journée qui s’annonce très chargée, à ce travail qu’elle n’aime guère, à ces collègues atrabilaires qui hantent certaines de ses nuits. Elle crée déjà pléthore de scénarios dans son âme chagrine, tous plus imaginaires les uns que les autres, avec une probabilité de réalisation quasi nulle. Elle sait pourtant que rien de ce qu’elle imagine ne se produira, simplement parce que la vie en décidera autrement. Pendant qu’elle rumine le néant, les feuilles continuent de s’accumuler sur le sol, virevoltant autour du petit être humain trop heureux d’être enfin libre de dépenser son énergie. Les mille et une couleurs du monde se reflètent dans ses yeux pétillants de magie enfantine. Lui est heureux. Car il ne pense pas à demain. C’est d’ailleurs à se demander à quel âge la conscience aigüe du futur vient-elle détruire l’inconscience de l’enfant. Il arrive un moment dans la vie où l’espoir s’envole avec l’arrivée de la notion de finitude dans l’esprit. L’être réalise alors qu’il ne peut pas tout contrôler et que, quel que soit son mode de vie, cette dernière lui sera ôtée sans mot dire et sans coup férir.

Comme une feuille tombant de son arbre l’automne venu, le petit être, aujourd’hui ignorant de ce qui l’attend, laissera sa place dans le cycle à de nouvelles âmes en devenir. Mais aujourd’hui il vit, profitant de cette magnifique lumière d’automne et de ce morceau de temps qui semble s’étendre à l’infini. Souhaitons qu’il garde longtemps cette inconscience et cette joie de vivre, sans penser à un lendemain sur lequel il n’aura, de toute façon, jamais aucune emprise.

« Voici que la saison décline,
L’ombre grandit, l’azur décroît,
Le vent fraîchit sur la colline,
L’oiseau frissonne, l’herbe a froid.

Août contre septembre lutte ;
L’océan n’a plus d’alcyon ;
Chaque jour perd une minute,
Chaque aurore pleure un rayon.

La mouche, comme prise au piège,
Est immobile à mon plafond ;
Et comme un blanc flocon de neige,
Petit à petit, l’été fond. »

Victor Hugo

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