Danse macabre

C’était un soir d’automne, dans les années 1980. Assis sur un vieux tabouret, il triait des papiers dans une malle héritée de son grand-père paternel. L’épaisseur de la couche de poussière indiquait que rien n’avait bougé depuis la fermeture de cette grosse boîte, plusieurs années auparavant, sans doute. Tournant les pages d’un vieux carnet, il tomba sur ces écrits, sans signature, perdus au milieu d’un recueil de notes à moitié effacées. Il lut avec attention ce qui ressemblait à un poème, brut de décoffrage et d’écriture. Étrange. Comme quoi, une vie longue et souriante peut cacher des pensées plus sombres. Preuve s’il en est que l’écriture reste un exutoire sans pareil.

« J’aurais essayé de me fondre dans la masse
Histoire de voir si le temps qui passe
N’aurait pas ralenti pour me laisser le devancer
Histoire de savoir si je devais continuer
Mais mon quotidien m’a rappelé à l’ordre
Seul avec les autres et seul tout seul
Dans ce monde où l’on chérit un linceul
A chaque pas c’est la douleur qui me fait tordre
Présence éphémère, je ne veux rien laisser
Qui puisse un jour être interprété
Par des humains au cœur fragile et défaillant
Dont le bonheur se fait en travaillant
Que faire à l’heure où tout s’écroule
Lorsque autour de vous la haine s’enroule
Que la confiance n’est plus que théorie
Mourir ou bien s’accrocher à la vie?
J’ai creusé les confins de l’âme humaine
Et en plus de l’omniprésente haine
C’est le vide qui m’est clairement apparu
Dévoilant soudain un être affable et nu
Esprit fantomatique, ego démesuré
C’est de cela dont je voulais te parler
Mais je parle seul, encore et toujours
Je ne sais pas ce que c’est que l’amour
Que faire à l’heure où la nuit tombe
Certains se mettraient à prier dans l’ombre
Je préfère m’adresser au désespoir
On discute alors de nos idées noires
Et toujours cette solitude dont je me réjouissais
Petit bonheur qui parfois vous coupe les veines
Et transforme ce sang rouge en abominable peine
Était-ce vraiment là ce que je désirais?
« Etre ou ne pas être, ni l’un ni l’autre »
On voudrait me retourner l’originelle faute
Je vis chaque jour avec ce poids sur la conscience
Naître est le plus grand acte d’indécence
Faute de grands remèdes, j’accepte les maux
Ces mots m’aident à rester hors de l’eau
Repoussant l’envie de partir trop tôt
Tôt ou tard, nous monterons sur le bateau
Mieux vaut tard que tôt pour ce voyage
Vous autres vautours, votre tour viendra
Ils vendront votre âme au diable
Au diable les bonnes ou mauvaises dames
Tous se tiendront la main, seuls et apeurés
Devant l’inévitable sentence, seuls dansent
Les fous qui ne l’étaient pas tant qu’on croyait
Ils voyaient dans la vie la mort approchante
Par fous j’entends bien sur ceux qui pensent
Les autres ne connaissant qu’un pas de danse. »

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