Discussion au sommet

    • « Tu compliques toujours les choses !
    • Et toi donc ! A chaque fois qu’une opportunité se présente, au lieu de te concentrer sur le sommet de la montagne et sur le but, il faut que tu te focalises sur le chemin, les obstacles et le dénivelé ! Autant rester assis au chaud dans le gîte, emmitouflé dans ta polaire, avec ton verre de cognac, en attendant que l’érosion fasse son travail !
    • C’est mon rôle. L’essence de mon existence est réaction. Je suis le système qui prend le relais après les 5 premières secondes qui suivent l’initiation et la conscientisation d’une pensée. Je suis le long terme

 

  • Tu lui compliques la vie.
  • Peut-être. Je suis l’âme des indécis. Tout le monde ne peut pas avancer vite. Tout le monde ne peut pas suivre son intuition. La planète serait bien trop paisible. Soit par excès soit par manque de chaos. Fais ton choix.
  • Justement, je choisis la simplicité. La vie est simple. Tu la compliques. Les choses se contentent d’être. C’est toi qui cherche à tout placer dans des boîtes. Le bien, le mal, cela n’existe pas. Je le répète, le monde se contente d’être. Pourquoi ce besoin de définir, de limiter, de conscientiser ? Ce sont les ancêtres qui ont eu ce besoin de mettre des noms sur des processus, d’appeler une pomme une pomme, de définir le blanc et le noir. La Lune s’appelait-elle la Lune avant que l’Homme ne pose ses yeux dessus ?
  • Je ne fais que ce que l’on me dit.
  • Comment que ce que l’on te dit ?
  • Et bien je suis en grande partie le fruit de l’histoire, l’accumulation de connaissances. Je suis le résultat de l’éducation. Je suis page blanche avant d’être roman.
  • Et ton encre est indélébile ?
  • Non, mais je ne détiens pas l’effaceur.
  • J’aime ce mot. Tu sais pourquoi ? Parce qu’arriver à mettre cela en pratique est paradoxalement complexe… Il faudrait pouvoir garder cette page blanche tout au long de sa vie. Mourir tous les jours à ce que l’on a vécu la veille. Ne pas comparer. Aimer, toujours. Ne pas vouloir posséder, ne rien demander en retour. Changer ce que l’on peut et accepter ce que l’on ne peut pas modifier. Ne pas subir les émotions mais les regarder, et les laisser passer.
  • J’aime les émotions. Ce sont des bonnes copines. Tu te rappelles quand ce gamin lui a volé son téléphone, à quelle vitesse la colère et la haine ont fait leur apparition ? Et la peur, oh, la peur… J’aime la peur : je n’ai pas trouvé plus irrationnel. Dès qu’une croyance fait son apparition, elle est là, en embuscade…
  • Oui, je m’en souviens. Mais il a progressé depuis, le petit. Il a travaillé son empathie. Il a assimilé le fait que l’autre ne peut jamais vraiment être compris. Il faut parler pour se comprendre. Les suppositions n’ont jamais mené nulle part, si ce n’est à la perte avec fracas.
  • Sans compter le regard des autres…
  • Oui, oui. Le regard des autres. L’autre disait l’enfer. Je dis le purgatoire. Tu sais quel est l’homme le plus dangereux pour une société ?
  • Le mouton en liberté ?
  • Oui, aussi. Je pensais plutôt à un être qui n’aurait rien à perdre et qui se moquerait du regard des autres.
  • Un type égoïste, manipulateur et sans domicile ?
  • Il n’y a que des personnes égoïstes. Par définition. Il n’y a que des êtres isolés et solitaires. Seulement personne ne veut le reconnaitre. Tous pensent trouver des réponses à leur question sur le but et le pourquoi de leur vie. Ils seront déçus au final quand l’écran restera noir.
  • Bel humour. Je déteins sur toi.
  • Il n’y a pas de sens défini.
  • Tu n’en sais rien
  • Sois pragmatique. Des générations se sont succédé et personne n’a encore trouvé la recette.
  • Cela viendra peut-être.
  • Ou peut-être pas. En attendant, soit tu attends, soit tu le crées. Le pari est connu. Mais personnellement je n’aime pas parier sur le vide.
  • Tu es un mauvais joueur.
  • Juste réaliste. Tu sais, si le sens existait, cela signifierait que le peu d’illusions concernant le libre arbitre disparaîtrait en un claquement de doigt. Déjà que croire en une liberté individuelle absolue semble compromis quand tu ne choisis pas de venir au monde ou même ton éducation. Et si en plus tu postules que l’Univers est une simulation sophistiquée créée par une communauté extraterrestre, alors là, tout s’écroule.
  • Tu n’as aucune preuve pour affirmer cela.
  • Et toi aucune preuve du contraire.
  • Tu as compliqué les choses.
  • Non, j’ai fait le ménage. Au final, tu ne sais même pas si tu ne sais rien.
  • Et je ne m’en porte pas plus mal.
  • Mais bien sûr, regarde, ce que tu es en train de lui faire faire.

L’adolescent se grattait la tête de plus en plus fort, criant à tue-tête, courant en rond dans le salon. Son visage était devenu rouge écarlate, ses yeux exorbités, ses mains violettes. Ses parents le regardaient souffrir, ne sachant quoi faire, l’air hagard. Soudain, comme vidé de son énergie, il s’effondra sur le sol, inerte, comme mort. Une autre crise existentielle venait de se terminer.

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