Dernier amour

Il n’avait d’yeux que pour elle. Passion insensée et déraisonnable, comme le dit si bien la définition. Il était encore trop jeune et se connaissait très peu. Il savait seulement que ce ces émotions lui étaient jusqu’alors inconnues. Était-ce cela ce que les gens appelaient l’amour? Cette envie de s’incruster et de rester éternellement dans la zone d’influence gravitationnelle d’une personne?  Ou tout est-il juste histoire de physique?

Ce qui était certain c’est que, pour elle, il n’existait pas vraiment. Il avait beau faire des pieds et des mains pour apparaître devant ses yeux bleus, chaque fois l’attraction semblait s’évanouir davantage. Ils passaient parfois du temps ensemble mais seul lui était réellement présent. Et cela durait. Toujours plus. Elle, elle lui volait ce temps qu’il donnait si volontiers, sans retour, sans remerciement. Quoi de plus précieux que le temps que l’on donne – autant de grains de sables qui ne seront jamais utilisés pour toute autre construction.

On dit qu’aimer c’est ne rien attendre en retour, ne rien exiger et ne dépendre en aucune manière de l’être aimé. Et bien, on peut au moins dire que le résultat correspondait exactement à cette définition. Mais à quel prix.

Un soir d’hiver, voyant les larmes monter en lui après un énième changement de scénario, il s’assit dans sa chambre, mis en route la musique et se mit à écrire une dernière lettre. Un dernier exutoire. La dernière page.

 »

Qui suis-je, suis-je seulement?
Conscience aveugle, marchant dans le présent
Trébuchant sur des êtres apopleptiques
Spectres dans un mondre pré-apocalyptique

Quelques lumières au coin des rues
Je me précipite pour mieux voir
Mais quand j’approche, c’est toi, ô déséspoir
Ta lanterne putride m’a encore bien eu

Non pas pour briller mais pour mieux voir
Je continue inlassablement à avancer
Une main me frôle, celle de l’espoir
Il a ton sourire, tes yeux bleus, tes cheveux dorés

Il m’entraîne ou bien je le suis
Un pas en avant, trois en arrière
Est-ce moi ou toi que je fuis?
Un instant, nous avions quitté la Terre

A bien y regarder, je ne vais nulle part
Alors pourquoi je persiste à souffrir?
Un message se cacherait-il dans ton regard?
Est-ce que si je tombe, je m’y vois mourir?

Répétition des scénarios de vie, ô Sysiphe
Comment fais-tu pour rester si calme?
De l’amour infini tu as percé les hiéroglyphes
Apprends-moi, que je conquière cette belle âme

Moi qui pensais avoir lu suffisamment d’ouvrages
Parlé à tant de gens de ce long voyage
Je me retrouve seul, tel un enfant idiot
Je ne sais nager et me suis pourtant jeté à l’eau

Peut-être vais-je devoir tout arrêter
M’autoriser à pleurer en te regardant partir
Faire amende honorable, ne pas trop souffrir
Me relever, sourire, et tout recommencer

« 

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